Allaitement quelle alimentation avoir, comment ça marche ?

Les aliments passent-il dans le lait maternel? Ce que je mange peut-il donner des coliques à mon bébé ? Mon alimentation peut-elle changer le goût de mon lait? Ce que je mange peut-il changer la couleur de mon lait? En combien de temps passent les aliments dans mon lait? Sur quels points mon alimentation fait-elle varier mon lait? Ce que je mange peut-il augmenter la quantité de lait maternel ? Ce que je mange peut-il changer la composition de mon lait maternel ? Dois-je faire quelque chose pour un lait plus nutritif?

Toutes les questions que vous vous posez autour de l’alimentation de la mère et l’impact sur le lait maternel peuvent trouver réponse dans cet article:

Les aliments passent-ils dans le lait maternel?

Oui les aliments passent dans le lait maternel, mais il s’agira plutôt de molécules issues des aliments qui seront transférés, via le sang ou le tissu adipeux dans le lait maternel 😀

En combien de temps ça passe dans le lait maternel?

Le temps d’une digestion complète et donc d’une assimilation des composants dans le sang, de la fréquence d’allaitement et du métabolisme de la mère , soit de 1h30/2h jusqu’à plus de 24h

Mais lors d’une réelle allergie aux protéines au lait de vache (APLV) pourquoi dit-on d’arrêter les PLV 4 à 8 semaines?

Car certains composants tels que les allergènes peuvent rester plusieurs semaines dans le sang. Généralement les réactions sont assez vives après la digestion donc facilement observables.

Il faut savoir que le bébé a un microbiote immature qui parfait ses propres défenses grâce à son alimentation et à la construction de son métabolisme en croissance. Plus le microbiote du bébé devient indépendant et moins les aliments potentiellement allergisants et irritants/acides seront impactant (toujours hors allergies concrètes avérées).

Bébé a t-il le goût des aliments ?

Dès la grossesse, les échanges placentaires permettent au bébé de découvrir les saveurs des aliments que la mère mange. L’allaitement est une passerelle entre la grossesse et le passage à l’alimentation solide.

De nombreuses études incluant les réactions du bébé exposé aux saveurs des aliments ont démontrés qu’ils étaient réactifs aux saveurs in utero et aussi durant l’allaitement.

Différentes études ont permis de définir le goût sucré, acide, salé, amer et umami et l’onctuosité du lait maternel. En prenant en compte le lait arrière et avant (début de tétée et vers le drainage du sein, la variation des composants du lait maternel étant différents durant la tétée). Ces études comportent des biais qu’il sera nécessaire de confronter, mais il y a tout de même de nombreux éléments qui semble laisser croire que l’alimentation de la mère peut influencer le goût du lait maternel.

Mon bébé peut-il être dérangé par les aliments que je mange? Peut il avoir mal aux ventre à cause de ce que je mange?

Hors cadre allergies avérées, oui il est possible que le bébé ai du mal à digérer certaines molécules où qu’elles confèrent des désagréments digestifs. Il n’y a pas de liste, ce qui pourra déranger un bébé ne pourra pas déranger l’autre. Cela peut être dû en partie aux habitudes alimentaires de la mère in utero et durant l’allaitement. Votre propre capacité de digestion ne pourra interférer avec celui du bébé: avoir des gazs avec un aliments ne donnera pas de gazs au bébé. Le bébé a sa propre capacité de digestion, seul son système digestif propre sera en mesure de définir quels aliments peut potentiellement le perturber.

Mon alimentation peut changer la couleur de mon lait maternel?

Et oui, les aliments possèdent des pigments qui passent dans le lait et peut induire une variation de couleur. Par exemple la couleur jaune orangée du colostrum et dûe en partie à sa forte concentration en carotenoïdes, on peut en trouver dans les carottes, les fruits et légumes vert aussi, les oranges, les crevettes, le saumon ect… Ainsi le lait peut varier de teintes en fonction des pigments ingérés. Le lait peut aussi varier de couleur avec l’alimentation, les maladies (virus et bactéries), la prise de médicaments de la mère.

En fait l’alimentation peut influer sur la lactation en générale ? Sur la quantité de lait maternel ?

Bien qu’il n’y ai pas de consensus scientifiques à ce sujet malgré de nombreuses études et méta analyses associées, on estime que les aliments dit galactogènes ont donc un potentiel impact sur la quantité de lait.

D’avis très personnel, je pense que si des aliments galactogènes sont utilisés depuis des générations et partout à travers le monde, que des tribus se les transmettent autant que les pratiques d’allaitement c’est que l’impact doit être palpable. Par contre à dire s’il s’agit d’un effet réel ou placebo,  je ne saurais le dire. Quoi qu’il en soit, oui les femmes semblent rassurer par l’emploi de ces galactogènes, dans ce cas il peut être utile de les utiliser si ça vous rassure tout en gardant en tête, que la quantité de lait est régie par la succion avant tout. Donc inutile de se ruiner en achat de galactogènes.

D’après certaines études un IMC inférieur à 18.5  serait corrélé à un plus grand volume de lait produit , mais d’autres études viennent contredire ces résultats en disant qu’il s’agirait du contraire (moins de lait était produit), d’autres encore assurent que l’IMC n’impacte pas la quantité, que seul le bébé peut réguler cette quantité. Encore une fois nous faisons face à des biais d’études.

J’ai lu une étude faisant mention de l’hormone de croissance sur la quantité de lait maternel, tant chez les vaches que chez des femmes allaitantes. Sachant que la quantité de tissu adipeux peut aussi interférer avec la libération hormonale dans le lait maternel, je pense que les études nécessitent encore des investigations de ce côté ci.

Ce que je mange peut couper ma lactation ?

Les aliments dit “coupe lactation “, comme menthe, persil ect devraient être utilisés à des doses massives, quotidiennement pour faire effet. Donc clairement avant d’avoir un quelconque impact sur la lactation vous aurez déjà vomis l’ensemble des quantités astronomiques à avaler…. On peut continuer à mettre du persil partout et boire du thé à la menthe tous les jours si le cœur nous en dit 😊

Boire plus pour produire plus de lait maternel?

Les quantités d’eau bues n’impactent pas la lactation. Il y a une hormone diurétique, la vasopressine, qui permet de réguler le taux hydrique du corps. Avant que la lactation soit impactée dans sa composition il vous faudrait avoir des urines très concentrées, plus de sueur, ni de larmes. C’est à dire que vous seriez déjà hospitalisé pour déshydratation.

Impact sur la composition du lait maternel :

Attention, les données que je cite sont issus d’ouvrages et études lues, les études sur l’allaitement ont toujours des biais, il est très difficile de faire des études fiables  au vu de la difficulté de réunir un échantillonnage sur le long terme, d’avoir un échantillonnage issus des mêmes conditions de vie, de niveau de culture ect… du coup malgré les études on ne peut pas parler de résultats “figés”.

Le lait maternel toujours nutritif malgré un état de dénutrition avéré ?

On parlera d’abord du cas des femmes dénutries car les mesures sont assez quantifiables. On parle d’une augmentation de 20% de lactose et une diminution de 10% de lipides. On m’a demandé s’il s’agissait pas plutôt du fait que la mère puisait dans ses réserves et que ça impactait la composition du lait maternel  je dirais aussi que pour être en état de dénutrition il faut clairement avoir un impact négatif par le manque d’alimentation, de ce fait pour avoir réponse à cette question il faudrait mesurer les taux de macro et micronutriments de la mère à mesure que son état de dénutrition avance. Autant dire qu’il sera impossible d’engager ce type d’étude pour une simple question d’éthique.

La glycémie de la mère influence le taux de lactose ?

Par contre il y a une étude mesurant la glycémie et le taux de lactose, sur 3 femmes qui allaitaient partiellement, et une augmentation de la glycémie étaient associé à une augmentation du taux de lactose. Une autre étude, au même taux glycémique pendant 4 à 6h, ne relevait pas de différences significatives sur le taux de lactose et sa vitesse de synthèse.

Les lipides et protéines que la mère mange influence celles du lait maternel ?

Une étude a montré que la quantité de lipides de la mère influence les composants de ces lipides mais pas la quantité, une autre à démontré que les protéines ingérés avaient un impact sur l’augmentation des lipides.

Les acides gras du lait maternel en lien avec ceux de la mère ?

Il y aura un immense impact aussi sur les acides gras. Les acides gras sont délivrés par l’alimentation (tissu adipeux sous influence de l’alimentation et graisse alimentaire) donc sous influences des lipides notamment, mais aussi sous l’influence aussi des glucides (lactose influencé par la glycemie mais aussi métabolisation des oligosaccharides). Mais il sont aussi ont délivrés par la synthèse hépatique ou de la glande mammaire). Au delà de l’aspect de dénutrition, nous même auront un impact sur les acides gras en fonction de notre alimentation.

Rappelons que la consommation d’oméga 3 permet une synthèse  de AAL (acide alpha-linoleique) precurserur de l’EPA et DHA et l’oméga 6 permet la production  de  AL (acide linoleique) precurserur de ARA, je suis sure que vous avez déjà entendu énormément parler de ces acides gras , qui participent énormément au développement du bébé. Une femme qui consomme que de l’huile ou du beurre aura des taux d’acide linoleique (AL) qui peuvent varier de 1 à 45%..

Une femme qui consomme beaucoup de graisse trans (la plupart issus de produits transformés) pourra interférer dans la synthèses des acides gras ARA et DHA justement, certaines etudes ont montré une baisse des précurseurs de ces acides gras avec un niveau de graisse trans élevé. De base la carence de DHA de la population est estimé à 50% selon une étude, tout simplement car notre alimentation a un ratio oméga 3 et 6 qui ne permet pas une bonne production de DHA.

Une femme obèse aura plus aussi une baisse de synthèse de certains acides gras, les acides gras à longue chaîne polyinsaturés (AGPIC), et également des modifications de taux de facteurs immunocompetents (capable de participer au fonctionnement immunitaire). D’ailleurs je parlais de DHA, les femmes obèses auront un taux de DHA plus bas mais aussi de ALA (alpha- linoleique > issue de la synthèse de oméga 3) Et des taux plus élevé de AL et ARA ( issus de la synthèse des oméga 6)

Une complémentation en AGPI (acide gras polyinsaturés) pour les femmes obeses et aussi pour celles qui prendraient beaucoup de poids durant le dernier trimestre de grossesse, pourrait permettre d’améliorer ces ratios d’après l’étude.

Chez les végétariens il y aura aussi un impact au niveau de de ces acides gras avec des taux plus élevé de AL (oméga 6) que de DHA (oméga 3) voir encore moins de DHA s’il y à un régime vegetalien. Il y aura aussi un déficit en vitamine B12 . En effet une carences en vitamines et en sels minéraux de la mère peut impacter la teneur de ces composants dans le lait maternel. On parle bien de carences car il faut savoir que le taux basaux de ces minéraux, vitamines et oligo éléments peuvent être en quantité assez faible dans le lait maternel mais leur biodisponibilité est énorme pour le bébé, ainsi ces quantités correspondent exactement aux besoins du bébé grâce à sa capacité d’assimilation. Les acides aminés libres dépendent aussi de l’alimentation maternelle. Et il doit y avoir encore d’autres impacts que je n’ai pas lu ou qui n’ont pas encore été étudiés.

Mais du coup que faire pour que mon lait soit le meilleur pour mon bébé?

Ces variations de composition induite par l’alimentation donnent lieu à des variations de taux de macro et micronutriments. Néanmoins votre lait sera toujours qualitatif. Il n’y a pas besoin d’avoir des “taux parfaits” pour un “lait parfait”. Le lait maternel est toujours l’aliment le plus adapté à bébé, le plus assimilable et correspondant à ses besoins. Si vous voulez vous assurer que votre lait soit adapté en acides gras et vitamines, manger de façon varié et équilibré et à votre faim! Et si vous suivez un régime alimentaire particulier faites vous suivre par un médecin afin de pallier à d’éventuelles carences vitaminiques par complémentation (s’il le juge nécessaire).

Marina Boudey conseillère en allaitement en présentiel dans le Sud de l’Ardèche ou en visio dans toute la France

https://lact-essence.fr/mes-services/

Sources:

livre – Biologie de l’allaitement

DA de la leche league n°175, 176, 177

https://www.karger.com/Article/Abstract/23263#:~:text=In%20conclusion%2C%20this%20preliminary%20study,with%20non%2Dspecific%20lactational%20insufficiency.

Pour aller plus loin : https://academic.oup.com/ajcn/article/104/3/646/4668536 https://parentingscience.com/flavors-in-breast-milk/

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022030218311329

https://quoidansmonassiette.fr/dou-vient-la-couleur-de-nos-aliments/#:~:text=Les%20carot%C3%A9no%C3%AFdes%20et%20les%20teintes%20jaunes%2Dorang%C3%A9es&text=En%20voici%20quelques%20exemples%20%3A%20%CE%B1,comme%20colorant%20alimentaire%20(E16

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