Douleurs et allaitement : différences engorgement/ mastites/ canal bouché/ lymphagite

1) Le point de liaison entre chaque problématique 🧐

Même si chacune de ces problématiques ont une définition différente et peuvent se régler de façon indépendantes, elles peuvent etres liées les unes aux autres. Un engorgement peut donner lieu à une mastite inflammatoire ou directement infectieuse. Une mastite inflammatoire peut donner lieu à une mastite infectieuse. Un canal bouché peut donner lieu à une mastite infectieuse, et à l’inverse une mastite inflammatoire ou infectieuse peut donner lieu à un canal qui se bouche. Seul la lymphagite est à part dans ce schéma. Un engorgement peut donner lieu à une mastite inflammatoire ou directement infectieuse. Une mastite inflammatoire peut donner lieu à une mastite infectieuse. Un canal bouché peut donner lieu à une mastite infectieuse, et à l’inverse une mastite inflammatoire ou infectieuse peut donner lieu à un canal qui se bouche. Seule la lymphagite est à part dans ce schéma.

L’observation clinique de ces problématiques par une professionnelle formée en allaitement est primordiale en parallèle d’une prise en charge par un médecin (si nécessaire). Car savoir définir le caractère de chacune de ces problématique est difficile sans connaissance de l’allaitement. Une masse par exemple peut être due à un canal bouché ou simplement à un lait en stase dans les canaux qui se dilatent longtemps et créé une inflammation, tout comme il peut s’agir d’un début d’abcès après un épisode de mastite (parfois l’abcès peut être ancien, drainé en partie et revenir avec une autre mastite)

Dans des pays industrialisés tel que USA, Finlande, Nouvelle Zélande et Australie un taux de mastite de 20% à 30% était observé au cours du parcours d’allaitement. Mais pourquoi des taux si haut….

2) La cause de ces problématiques :

Succion compliqué liée à des tensions, une restriction linguale et/ou labiale (freins restrictifs), d’une conduite d’allaitement inadapté (tétées trop espacées, écourtées), une position trop prostrée qui comprime les réflexes primaires (réflexes archaïques) du bébé et créé des tensions, de vêtements trop serrés (sous vêtements), de chocs reçus au niveau de la poitrine, d’une infection, , de tailles de téterelles inadaptées et/ou réglage du tire lait inadapté.

3) une solution de 1ère intention unique à toutes les problématique 🧐

Quel que soit le type de problème (hormis lymphagite) la solution de 1ère intention est toujours le drainage du sein. Que vous soyez au sein ou au tire lait il faut absolument drainer le sein.

Avant le drainage vous pouvez faciliter l’extraction du lait par l’application du chaud sur les seins (douche, gant d’eau chaude..) et masser très délicatement votre sein, un palper rouler doux et délicat est suffisant pour faciliter l’extraction.

Au sein ça peut parfois être douloureux et fastidieux car un œdème se créé au niveau de l’aréole, la prise au sein peut être difficile. Dans ce cas il suffira de masser autour du mamelon, avec ses 2 index et/ou majeur,  pulpe des doigts contre l’aréole, et effectuer des petites pressions en tournant tout autour. Cela devrait assouplir l’aréole.

L’approche Biological Nurturing ou une position classique d’allaitement (madone inversée, madone, ballon de rugby…) peut être suffisante, n’hésitez pas à diriger le menton du bébé vers la zone douloureuse/inflammée/masse.

Ou sinon utiliser la position de la louve (à 4 pattes et bébé en dessous) pour faire jouer la gravité et extraire le lait. Au tire lait, il est indispensable d’avoir la bonne taille de téterelles, vérifiées grâce à une prise de mesure précise, et un réglage du tire lait adapté pour ne pas se blesser.

Entre chaque drainage du sein, du froid peut être appliqué afin de limiter la douleur (gant d’eau froide, légumes congelés, gant avec glaçons dedans…).

4) Définition de chaque problématique

a) L’engorgement

L’engorgement c’est tout simplement du lait qui est en stase. Souvent bilatéral, c’est à dire que les deux seins peuvent être engorgés. Pour comprendre imaginons la glande mammaire: elle est composée de ces sorte de grains de raisin (lobes-lobules-acinus) qui se remplissent de lait. Mais lorsque ces petits grains de raisin sont pleins, la lactation se régule grâce à plusieurs processus. Le temps que cette régulation se fasse, le sein peut subir une inflammation légère. Et c’est l’engorgement. L’engorgement se définit par un sein tendu, souvent chaud et douloureux. Il n’y a pas de “placard” rouge c’est à dire pas de plaque rouge, pas de fièvre.

Le drainage du sein sera suffisant à réduire l’engorgement (voir point n°3)

b) La mastite inflammatoire et infectieuse

Déjà il faut savoir qu’il existe aussi des mastites en dehors de l’allaitement 🙂 et oui, même sans sécrétion de lait la glande mammaire peut subir la venue se bactéries et s’infecter. Ces mastites sont non puerpuerales. A contrario les mastistes puerpuerales (durant l’allaitement) représente environ 86% des cas.

Une mastiste se caractérise souvent de façon unilatérale, c’est à dire que un seul sein est touché. Ceci dit il peut arriver sur certains cas de mastites que ça touche les 2 seins.

On sait que c’est une mastite car le sein et tendu, chaud et douloureux, il peut se former un placard rouge, une masse, il peut y avoir des symptômes grippaux et être accompagné de fièvre.

Les mastites peuvent se créer à partir de plusieurs points.

– mastite infectieuse – la plus connue

Un engorgement non drainé peut ouvrir les jonctions intercellulaires. Rapellez vous ces grains de raisin (lobules) et bien dedans il y a des cellules qui permettent de créer et d’éjecter le lait et qui servent de “barrière” contre les grosses molécules et certaines bactéries. Et quand le lait est en stase, ces cellules ne sont plus collées les unes aux autres. Donc après un engorgement non drainé il y a un risque de laisser entrer des bactéries et c’est la mastite infectieuse.

Des lésions au sein peuvent s’infecter, remonter les canaux galactophores et contaminer par bactéries la glande mammaire qui s’inflamme, et pour se protéger,  le corps créé tous ces désagréments (fièvre état grippaux ect), afin de se protéger d’une “attaque” de mauvaises bactéries. Ces bactéries sont la plupart du temps des Staphylococcus auerus, streptocoque B, anaérobes ou enterobacteries.

Le traitement se fera d’abord par drainage (point n°3) car une bactérie peut partir grâce au drainage. Si l’état grippal et la fièvre persistent plus de 48h un traitement antibiotique risque d’être nécessaire en plus du drainage (sous l’avis d’un médecin)

– mastite inflammatoire

Cette stase du lait peut aussi mener à un lait qui stagne dans une partie des canaux galactophores, ces “tuyaux” qui permettent d’amener le lait vers le mamelon. Du coup les canaux se dilatent et donne une inflammation pouvant  créer une mastite inflammatoire, qu’on nomme mastite plasmocytaire.

Il peut se produire la même chose que pour nos lobules- acinus (où se créé le lait), ces fameux grains de raisin, où il peut y avoir une inflammation à ce niveau. On parlera de mastite granulomateuse.

Ces mastites sont souvent chroniques.

Pour ces mastites le drainage est essentiel (voir point n°3).

Si la mastite inflammatoire devient chronique un traitement par ultrason peut être proposé (référence Dr Newman). Au besoin peut être traité par anti-inflammatoires. En cas d’échec de la prise d’anti-inflammatoire, la corticotherapie peut être proposée (sous l’avis d’un médecin).

Le diagnostic de ces 2 mastites sont extrêmement difficiles à distinguer à l’œil nu, mais en cas d’échec des anti- inflammatoires, l’antibiothérapie sera proposée afin de ne pas risquer un abcès. Le risque d’en développer un étant de 5 à 10%. (Concernant les abcès j’ai écris un article ici pour l’ATUA). La plupart du temps seul l’antibiothérapie est proposée, souvent parce que le diagnostic différentiel est très dur à réaliser et que la crainte de développer un abcès prime sur le risque de l’attente de rdv pour définir s’il s’agit d’une mastite inflammatoire ou infectieuse. Un médecin cherchera toujours la meilleure balance bénéfices/risques pour vous protéger. En cas de mastites récidivantes et donc chroniques il peut être intéressant de discuter de l’option de mastites inflammatoires avec le médecin.

++ Une étude a aussi mis en evidence les mastites chroniques avec un taux bas de lactoferrine dans le lait et taux bas de IgA chez la mère. Donc un stress, une fatigue, un état émotionnel difficile peut être lié à des mastites récidivantes en faisant baisser l’immunité.

++ Une étude randomisée de 2010 a aussi mis en evidence que de nombreuses mastites, trouveraient leurs origines dans un dérèglement de la flore bactérienne. Ainsi la proposition de traitement par probiotiques est une réponse adaptée. Les souches concernées seront Lactobacillus salivarius CECT5713 et Lactobacillus gasseri CECT5714. Sur l’étude portant sur 352 femmes il a été observé une meilleure amélioration des symptômes et un taux de récidive de 3 fois inférieur que sous antibiotherapie.

c) Le canal bouché

Un canal peut se boucher à cause d’une succion compliquée, d’une mastite qui créé des lésions (et inversement) au niveau des canaux, à cause d’un coup/choc, de vêtements trop serrés….

Une fois le canal galactophore “blessé” il peut apparaître des lésions au niveau de ce canal, qui créé une dilatation, sa paroi s’épaissie et s’obstrue. Du coup le lait reste en stase et il peut se créer une masse palpable sous les doigts. Mais ce n’est pas systématique. Dans ce cas il est possible de mettre le dos d’une brosse à dent électrique sur la masse. Les vibrations permettant parfois de déboucher le canal. La douleur ressenti sera comme un hématome et/ou accompagné de douleurs vives. Il n’y a pas de fièvre.

Il peut y avoir l’apparition d’une ampoule de lait. Un point blanc apparaissant sur le mamelon. Le canal étant relié au pore galactophores (le trou d’où sort le lait), le lait sèche également et créé une petite ampoule de lait séchée. Elle peut partir grâce au drainage du sein et à l’ajustement de la position.  Se référer au point n°3. Si ce n’est pas le cas, après plusieurs tentatives, il est possible de percer l’ampoule.

Il faudra désinfecter l’aiguille (en la faisant chauffer puis en la désinfectant avec un antiseptique) et percer légèrement sur le côté de l’ampoule. Pas besoin de triturer. Percer juste, puis exprimer le lait (au sein, tire-lait, à la main, dans un verre d’eau chaude). Du lait séché devrait en sortir en filament épais. Si bébé tète il ne risque rien, c’est juste du lait aggloméré qui contient moins d’eau.

Si le canal continu d’être bouché après 48h malgré le drainage il est possible de faire un traitement par ultrason. Vous pouvez aussi prendre de la lecithine de soja qui permet de fluidifier le lait maternel et permet la libération du canal obstrué par le passage d’un lait plus fluide.

Il peut arriver qu’un canal se bouche de façon récurrente, toujours au même endroit. Dans ce cas il peut être intéressant de faire faire une échographie afin de déterminer l’épaisseur de la paroi. Des traitements existent, généralement les anti-inflammatoire seront proposés pour tenter de réduire l’inflammation et permettre au canal de se régénérer er de guérir de ses lésions (sous l’avis d’un médecin).

d) La lymphagite

Terme souvent confondu avec la mastite. La lymphagite est une inflammation de la lymphe. Qui se trouve dans le réseau lymphatique ganglionnaire. On peut observer une traînée rouge et inflammée.

Ce réseau lymphatique se situe dans le sein mais aussi du côté axillaire (sous l’aisselle). Le traitement sera différent que pour les problématiques d’allaitement, puisqu’il ne fait pas partie de la glande mammaire.

Donc il ne sert à rien d’essayer de drainer le système lymphatique par la succion. S’il s’avère que vous avez une lymphagite, un thérapeute manuel pourra tenter de réduire l’inflammation. Si la lymphagite persiste une analyse de sang peut être proposé afin de déterminer l’origine de l’inflammation quu peut être d’ordre infectieuse, dans ce cas une antibiotherapie pourra être proposée.

Ceci dit il faudra s’assurer qu’en parallèle de la lymphagite aucun engorgement ou mastite n’y soit associé. Il faudra rester vigilant à ces signes éventuels inclus dans le diagnostic différentiel.

Sources :

https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2014/revue-medicale-suisse-427/infections-du-sein#tab=tab-read

The inflammatory mastitis- M.Lalloum, B.Tournant, M.Espié- la lettre du senologue n°72 – 2016

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20455694/

https://www.hindawi.com/journals/mi/2008/298760/

https://internationalbreastfeedingjournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/1746-4358-3-21

https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/feuillets-du-dr- newman/1520-canaux-lactiferes-bloques-et-mastites

Marina Boudey conseillère en allaitement dans le Sud de l’Ardèche ou en visio dans toute la France.

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